—Je me moque à cette heure de tous les Sairmeuse du monde, disait-il avec une gaieté qui certes n'était pas feinte, je puis attendre paisiblement mon rétablissement.

De son côté, l'abbé Midon reprenait confiance. Les jours s'écoulaient et ses sinistres appréhensions ne se réalisaient pas.

Loin de provoquer un redoublement de sévérités, l'imprudence affreuse de Maurice et de Jean Lacheneur avait été comme le point de départ d'une indulgence universelle.

On eût dit un parti pris des autorités de Montaignac d'oublier et de faire oublier, s'il était possible, la conspiration de Lacheneur et les abominables représailles dont elle avait été le prétexte.

Maintenant, toutes les nouvelles qui parvenaient à la ferme, calmaient une inquiétude, ou étaient une garantie de sécurité.

On sut d'abord, par un colporteur, que Maurice et le brave caporal Bavois avaient réussi à gagner le Piémont.

De Jean Lacheneur, il n'en était pas question, on supposait qu'il n'avait pas quitté le pays, mais on n'avait aucune raison de craindre pour lui, puisqu'il n'était porté sur aucune des listes de poursuites...

Plus tard, on apprit que M. de Courtomieu venait de tomber malade, qu'il ne sortait plus de chez lui et que Mme Blanche ne quittait pas son chevet.

Une autre fois, le père Poignot raconta en revenant de Montaignac que le duc de Sairmeuse était allé passer huit jours à Paris, qu'il était de retour avec une décoration de plus, signe évident de faveur, et qu'il avait fait à tous les conjurés condamnés à la prison la remise de leur peine.

Douter n'était pas possible, car le journal de Montaignac mentionnait le surlendemain toutes ces circonstances.