—Je puis sortir de nuit, disait Marie-Anne, courir à la Borderie, m'y introduire, prendre l'argent et l'apporter ici... Il est bien à moi, n'est-ce pas?
Mais le prêtre, après un moment de réflexion, jugea cette démarche impossible.
—Vous seriez peut-être vue, dit-il, et qui sait?... arrêtée. On vous interrogerait... quelles explications plausibles donner? Sans compter que les scellés doivent avoir été mis partout. Les briser, ce serait donner l'idée qu'un vol a été commis, c'est-à-dire éveiller l'attention.
—Que faire, alors!
—Agir au grand jour. Vous n'êtes nullement compromise, vous; reparaissez demain comme si vous reveniez du Piémont, allez trouver le notaire de Sairmeuse, faites-vous mettre en possession de votre héritage, et installez-vous à la Borderie...
Marie-Anne frissonnait...
—Habiter la maison de Chanlouineau, bégaya-t-elle, moi... toute seule!...
Si le prêtre aperçut le trouble de la malheureuse, il n'en tint compte.
—Visiblement le ciel nous protège, ma chère enfant, reprit-il. Je ne vois que des avantages à votre installation à la Borderie, et pas un inconvénient. Nos communications seront faciles, et avec quelques précautions, sans danger. Nous choisirons avant votre départ un point de rendez-vous, et deux ou trois fois par semaine, vous vous y rencontrerez avec le père Poignot...
L'espérance brillait dans ses yeux, et plus vite, il poursuivit: