Déjà elle n'y parvenait qu'au prix de tortures de tous les instants, et qu'en risquant sa vie et celle de son enfant.
Et encore réussissait-elle véritablement?
Deux ou trois fois, l'abbé Midon avait arrêté sur elle un regard si perspicace, qu'elle en avait perdu contenance. Était-il sûr qu'il ne doutât de rien?
Les autres ne savaient rien, elle en était certaine. Toute autre qu'elle eût peut-être été soupçonnée, mais elle!... Sa réputation seule la mettait à l'abri de tout soupçon.... Et nature droite et loyale, elle se révoltait de ce continuel mensonge; elle s'indignait de voler ainsi son renom de sagesse et de vertu.
—La honte, pensait-elle, n'en sera que plus grande quand tout se découvrira!...
Ses angoisses étaient affreuses. Que faire?... Avouer! Elle l'eût osé les premiers jours; maintenant, elle ne s'en sentait pas le courage.
Fuir?... mais où aller?... Quel prétexte donner ensuite?... Ne perdrait-elle pas ainsi cet avenir avec Maurice dont l'espoir seul la soutenait!
Elle songeait à fuir cependant, quand un événement lui vint en aide, qui lui sembla le salut.
L'argent manquait à la ferme... Les proscrits ne pouvaient rien tirer du dehors, sous peine de se livrer, et le père Poignot était à bout de ressources...
L'abbé Midon se demandait comment sortir d'embarras, quand Marie-Anne lui parla du testament de Chanlouineau en sa faveur, et de l'argent caché sous la pierre de la cheminée de la belle chambre.