Pauvre Chanlouineau!... le génie des nobles passions l'avait inspiré quand il avait pris ses dispositions dernières...

Un avoué retors n'eût pas imaginé des précautions plus ingénieuses pour écarter toutes ces infinies et irritantes difficultés qui se dressent comme des buissons d'épines autour des successions.

Le soir même, les scellés étaient levés et Marie-Anne était mise en possession de la Borderie.

Elle était seule dans la maison de Chanlouineau, seule!... La nuit tombait, un grand frisson la prit. Il lui semblait qu'une des portes allait s'ouvrir, que cet homme qui l'avait tant aimée allait paraître, et qu'elle entendrait sa voix comme elle l'avait entendue pour la dernière fois, dans son cachot.

Elle se redressa, chassant ces folles terreurs, alluma une lumière, et, avec un indicible attendrissement, elle parcourut cette maison, la sienne désormais, et où palpitait encore, pour ainsi dire, celui qui l'avait habitée.

Lentement, elle traversa toutes les pièces du rez-de-chaussée, elle reconnut le fourneau récemment réparé, et enfin elle monta dans cette chambre du premier étage dont Chanlouineau avait fait comme le tabernacle de sa passion.

Là, tout était magnifique, encore plus qu'il ne l'avait dit.

L'âpre paysan qui déjeunait d'une croûte frottée d'oignon avait dépensé une douzaine de mille francs pour parer ce sanctuaire destiné à son idole.

—Comme il m'aimait! murmurait Marie-Anne, émue de cette émotion dont l'idée seule avait enflammé la jalousie de Maurice, comme il m'aimait!

Mais elle n'avait pas le droit de s'abandonner à ses sensations... Le père Poignot l'attendait sans doute au rendez-vous.