Elle souleva la pierre du foyer et trouva bien exactement la somme annoncée par Chanlouineau... les approches de la mort ne lui avaient pas fait oublier son compte...

Le lendemain, à son réveil, l'abbé Midon eut de l'argent...

Dès lors, Marie-Anne respira, et cet apaisement, après tant d'épreuves et de si cruelles agitations, lui paraissait presque le bonheur.

Fidèle aux recommandations de l'abbé, elle vivait seule, mais par ses fréquentes sorties, elle accoutumait à sa présence les gens des environs... Dans la journée, elle vaquait aux occupations de son modeste ménage, et le soir, elle courait au rendez-vous où le père Poignot lui donnait des nouvelles du baron ou la chargeait, de la part de l'abbé, de quelque commission qu'il ne pouvait faire.

Oui, elle se fût trouvée presque heureuse, si elle eût pu avoir des nouvelles de Maurice... Qu'était-il devenu?... Comment ne donnait-il pas signe de vie?... Que n'eût-elle pas donné pour un conseil de lui...

C'est que le moment approchait où il allait lui falloir un confident, des secours, des soins... et elle ne savait à qui se confier.

En cette extrémité, et lorsque véritablement elle perdait la tête, elle se souvint de ce vieux médecin qui avait reconnu son état à Saliente, qui lui avait témoigné un si paternel intérêt, et qui avait été un des témoins de son mariage à Vigano.

—Celui-là me sauverait, s'écria-t-elle, s'il savait, s'il était prévenu!...

Elle n'avait ni à temporiser ni à réfléchir; elle écrivit sur-le-champ au vieux médecin et chargea un jeune gars des environs de porter sa lettre à Vigano.

—Le monsieur a dit que vous pouviez compter sur lui, dit à son retour le jeune commissionnaire.