Tombant, elle prétendait tomber avec grâce.

—Nul ne me verra pleurer, personne ne m'entendra me plaindre, disait-elle à son père, plus abattu qu'elle, sachez m'imiter.

Et dans le fait, elle fut stoïque, à son retour au château de Courtomieu.

Son visage, pâli, resta de marbre sous les regards des domestiques ébahis, qui semblaient attendre l'explication de cette catastrophe inouïe.

—On m'appellera «Mademoiselle» comme par le passé, dit-elle d'un ton impérieux. Quiconque oublierait cet ordre serait renvoyé.

Une femme de chambre l'oublia le soir même et prononça le mot défendu: «Madame...» La pauvre fille fut chassée sur l'heure, sans miséricorde, malgré ses protestations et ses larmes.

Tous les gens du château étaient indignés.

—Espère-t-elle donc, disaient-ils, nous faire oublier qu'elle est mariée et que son mari l'a plantée là!...

Hélas! elle eût voulu l'oublier elle-même.

Elle eût voulu anéantir jusqu'au souvenir de cette fatale journée du 17 avril, qui l'avait vue jeune fille, épouse et veuve, entre le lever et le coucher du soleil.