De même que Marie-Anne, elle reconnaissait le génie de Martial.
—Ah!... je ne m'étais pas trompée, pensait-elle: celui-là est bien l'homme supérieur que je rêvais... À son âge, jouer mon père, ce politique de tant d'expérience et d'astuce!
Mais cette idée exaspérait sa douleur et attisait sa haine.
Devinant Martial, elle pénétrait ses projets.
Elle comprenait que s'il était sorti de son insouciance hautaine et railleuse, ce n'était pas pour la mesquine satisfaction d'abattre le marquis de Courtomieu.
—C'est pour plaire à Marie-Anne, pensait-elle avec des convulsions de rage. C'est un premier pas vers la grâce des amis de cette créature... Ah! elle peut tout sur son esprit, et tant qu'elle vivra, j'espérerais en vain... Mais patience...
Elle patientait en effet, sachant bien que qui veut se venger sûrement doit attendre, dissimuler, préparer l'occasion mais ne pas violenter...
Comment elle se vengerait, elle l'ignorait, mais elle savait qu'elle se vengerait, et déjà elle avait jeté les yeux sur un homme qui serait, croyait-elle, l'instrument docile de ses desseins, et capable de tout pour de l'argent: Chupin.
Comment le traître qui avait livré Lacheneur pour vingt mille francs, se trouva-t-il sur le chemin de Mme Blanche?...
Ce fut le résultat d'une de ces simples combinaisons des événements que les imbéciles admirent sous le nom de hasard.