Bourrelé de remords, honni, conspué, maudit, pourchassé à coups de pierres quand il s'aventurait par les rues, suant de peur quand il songeait aux terribles menaces de Balstain, l'aubergiste piémontais, Chupin avait quitté Montaignac et était venu demander asile au château de Sairmeuse.
Il pensait, dans la naïveté de son ignominie, que le grand seigneur qui l'avait employé, qui l'avait convié au crime, qui avait profité de sa trahison, lui devait, outre la récompense promise, aide et protection.
Les domestiques le reçurent comme une bête galeuse dont on redoute la contagion. Il n'y eut plus de place pour lui aux tables des cuisines et les palefreniers refusaient de le laisser coucher dans les écuries. On lui jetait la pâtée comme à un chien et il dormait au hasard dans les greniers à foin.
Il supportait tout sans se plaindre, courbant le dos sous les injures, s'estimant encore heureux de pouvoir acheter à ce prix une certaine sécurité.
Mais le duc de Sairmeuse, revenant de Paris avec une politique d'oubli et de conciliation en poche, ne pouvait tolérer la présence d'un tel homme, si compromettant et chargé de l'exécration de tout le pays.
Il ordonna de congédier Chupin.
Le vieux braconnier résista, croyant deviner un complot de ses ennemis les domestiques.
Il déclara d'un ton farouche qu'il ne sortirait de Sairmeuse que de force ou sur un ordre formel, de la bouche même du duc.
Cette résistance obstinée, rapportée à M. de Sairmeuse, le fit presque hésiter.
Il tenait peu à se faire un implacable ennemi d'un homme qui passait pour le plus rancunier et le plus dangereux qu'il y eût à dix lieues à la ronde.