Marie-Anne frissonna. Il lui semblait sous cette phrase ironique, à travers cette moquerie de soi, deviner une menace.

—Mais aussi, mon pauvre frère, reprit-elle très-vite, quelle vie est la tienne!... Pourquoi n'es-tu pas venu plus tôt?... Heureusement te voici!... Nous ne nous quitterons plus, n'est-ce pas, tu ne m'abandonneras pas, j'ai tant besoin d'affection et de protection!... Tu vas demeurer avec moi...

—C'est impossible, Marie-Anne.

—Et pourquoi, mon Dieu!

Une fugitive rougeur empourpra les pommettes saillantes de Jean Lacheneur, il parut indécis, puis prenant son parti:

—Parce que, répondit-il, j'ai le droit de disposer de ma vie, mais non de la tienne... Nous ne devons plus nous connaître. Je te renie aujourd'hui pour que tu puisses me renier un jour. Oui, je te renie, toi qui es ma seule, mon unique affection... Tes plus cruels ennemis ne t'ont jamais calomniée autant que moi...

Il s'arrêta, hésita une seconde et ajouta:

—J'ai été jusqu'à dire tout haut, dans un cabaret où il y avait bien quinze personnes, que jamais je ne mettrais les pieds dans une maison qui t'avait été donnée par Chanlouineau, parce que...

—Jean!... malheureux! tu as dit cela, toi, mon frère!...

—Je l'ai dit. Il faut qu'on nous sache mortellement brouillés, pour que jamais, quoi que je fasse, on ne vous accuse de complicité, toi ou Maurice d'Escorval.