Il embrassait Marie-Anne avec une sorte d'égarement, et comme elle se débattait, comme elle ne le lâchait toujours pas, il la souleva, la porta jusqu'à une chaise et brusquement s'arracha à ses étreintes.
—Adieu!... cria-t-il, quand tu me reverras, le père sera vengé.
Elle se dressa pour se jeter sur lui, pour le retenir encore; trop tard.
Il avait ouvert la porte et s'était enfui.
—C'est fini, murmura l'infortunée, mon frère est perdu. Rien ne l'arrêtera plus maintenant.
Une crainte vague et cependant terrifiante, inexplicable et qui avait l'horreur de la réalité, étreignait son cœur jusqu'au spasme.
Elle se sentait comme entraînée dans un tourbillon de passions, de haines, de vengeances et de crimes, et une voix lui disait qu'elle y serait misérablement brisée.
Le cercle fatal du malheur qui l'entourait allait se rétrécissant autour d'elle de jour en jour.
Mais d'autres soucis devaient la distraire de ces pressentiments funèbres.
Un soir, pendant qu'elle dressait sa petite table dans la première pièce de la Borderie, elle entendit à la porte, qui était fermée au verrou, comme le bruissement d'une feuille de papier qu'on froisse.