Mme Blanche allait à la Borderie.
Elle eût pu prendre la route qui borde l'Oiselle, mais elle préféra couper à travers champs, jugeant que de cette façon elle était sûre de ne rencontrer personne.
La nuit était magnifique mais très-obscure, et à chaque instant les deux femmes étaient arrêtées par quelque obstacle, haie vive ou fossé. Deux fois Mme Blanche perdit sa direction. La pauvre tante Médie se heurtait à toutes les mottes de terre, trébuchait à tous les sillons, elle geignait, elle pleurait presque, mais sa terrible nièce était impitoyable.
—Marche, lui disait-elle, ou je te laisse, tu retrouveras ton chemin comme tu pourras.
Et la parente pauvre marchait.
Enfin, après une course de plus d'une heure, Mme Blanche respira. Elle reconnaissait la maison de Chanlouineau. Elle s'arrêta dans le petit bois que Chupin appelait «le bocage.»
—Sommes-nous donc arrivées? demanda tante Médie.
—Oui, mais tais-toi, reste là, je veux voir quelque chose.
—Quoi! tu me laisses seule?... Blanche, je t'en prie, que veux-tu faire?... Mon Dieu, tu m'épouvantes... j'ai peur, Blanche!...
Déjà la jeune femme s'était éloignée. Elle parcourait en tous sens le petit bois, cherchant Chupin. Elle ne le trouva pas.