—Si mon père n'eût pas rendu, murmura l'opiniâtre Marie-Anne, mon père n'eût été qu'un dépositaire infidèle... un voleur. Il a fait son devoir.
M. d'Escorval se retourna, un peu surpris, vers la jeune fille.
—Vous dites vrai, mademoiselle, fit-il d'un ton de reproche; mais lorsque vous aurez mon âge et mon expérience, vous saurez que l'accomplissement d'un devoir est, en certaines circonstances, un héroïsme dont peu du gens sont capables.
M. Lacheneur s'était redressé.
—Ah!... vos paroles me font du bien, monsieur le baron, dit-il, maintenant je suis content d'avoir agi comme je l'ai fait.
La baronne d'Escorval se leva, trop femme pour savoir résister aux généreuses inspirations de son cœur.
—Moi aussi, monsieur Lacheneur, prononça-t-elle, je veux vous serrer la main. Je veux vous dire que je vous estime autant que je méprise les tristes ingrats qui ont essayé de vous humilier alors qu'ils devaient tomber à vos pieds... Vous avez rencontré des monstres sans cœur, tels qu'on ne trouverait sans doute pas leurs semblables.
—Hélas! soupira le baron, les alliés nous en ont ramené comme cela quelques-uns qui pensent que le monde a été créé pour eux.
—Et ces gens-là, gronda Lacheneur, voudraient être nos maîtres!...
La fatalité voulut que personne n'entendît M. Lacheneur. Questionné sur le sens de sa phrase, il eût sans doute laissé deviner quelque chose des projets dont le germe existait déjà dans son esprit... Et alors, que de catastrophes évitées!...