Le baron devait être guéri.

Après six mois passés à la ferme du père Poignot, M. d'Escorval se levait et s'essayait à marcher en s'aidant de béquilles.

C'est alors, surtout, qu'il souffrit du défaut d'espace, dans le grenier où la prudence le confinait, et c'est avec un véritable transport de joie qu'il accueillit l'idée de se réfugier à la Borderie, près de Marie-Anne.

Le jour du départ fixé, c'est avec l'impatience d'un écolier attendant les vacances qu'il compta pour ainsi dire les minutes. Il y a toujours de l'enfant, chez le convalescent qui se reprend à aimer la vie.

—J'étouffe, ici, répétait-il à sa femme, j'étouffe!... Comme le temps est long!... Quand donc arrivera le jour béni!...

Il arriva. Dès le matin, tous les objets que les proscrits avaient réussi à se procurer, pendant leur séjour à la ferme, furent réunis et empaquetés. Enfin, la nuit venue, le fils Poignot commença le déménagement.

—Tout est à la Borderie, dit ce brave garçon, au retour de son dernier voyage, Mlle Lacheneur ne demande à M. le baron qu'un bon appétit.

—Et j'en aurai, morbleu! répondit gaiement le baron. Nous en aurons tous!...

Dans la cour de la ferme, le père Poignot attelait lui-même son meilleur cheval à la charrette qui devait transporter M. d'Escorval.

Le brave homme était tout triste du départ de ces hôtes pour lesquels il s'était exposé à de si grands périls. Il sentait qu'ils lui manqueraient, qu'il trouverait la maison vide, qu'il regretterait peut-être jusqu'à ses soucis.