Mais, à l'exemple de son mari, elle avait compris que prospérité oblige, et avec un rare courage, couronné d'un succès plus rare encore, elle avait entrepris de se donner une éducation en rapport avec sa fortune et sa situation nouvelle.

Et la baronne d'Escorval n'avait pas résisté à la sympathie qui l'entraînait vers cette jeune femme si méritante, en qui elle avait reconnu, sous ses simples et modestes dehors, une intelligence supérieure et une âme d'élite.

Quand était morte Mme Lacheneur, Mme d'Escorval l'avait pleurée comme une sœur préférée.

De ce moment, l'attachement de Maurice prit un caractère plus sérieux.

Élevé à Paris dans un lycée, il arrivait quelquefois que ses maîtres avaient à se plaindre de son application.

—Si tes professeurs sont mécontents, lui disait sa mère, tu ne m'accompagneras pas à Escorval aux vacances, tu ne verras pas ta petite amie...

Et cette simple menace suffisait pour obtenir du turbulent écolier un redoublement d'ardeur au travail.

Ainsi, d'année en année était allée s'affirmant cette grande passion qui devait préserver Maurice des inquiétudes et des égarements de l'adolescence.

Noble et chaste passion d'ailleurs, et de celles dont le spectacle réjouit, dit-on, et rend jaloux les anges du ciel.

Ils étaient, ces beaux enfants si épris, timides et naïfs autant l'un que l'autre.