De longues promenades à la brune, sous les yeux de leurs parents, un regard où éclatait toute leur âme quand ils se revoyaient, quelques fleurs échangées,—reliques précieusement conservées...—telles étaient leurs joies.
Ce mot magique et sublime: amour, si doux à bégayer et si doux à entendre, ne monta pas une seule fois de leur cœur à leurs lèvres.
Jamais l'audace de Maurice n'avait dépassé un serrement de main furtif. Jamais Marie-Anne n'avait été osée autant que ce matin même, en reconduisant son ami.
Cette tendresse mutuelle, les parents ne pouvaient l'ignorer, et s'ils fermaient les yeux, c'est qu'elle ne contrariait en rien leurs desseins.
M. et Mme d'Escorval ne voyaient nul obstacle à ce que leur fils épousât une jeune fille dont ils avaient pu apprécier le noble caractère, bonne autant que belle, et la plus riche héritière du pays, ce qui ne gâtait rien.
M. Lacheneur, de son côté, était ravi de cette perspective de devenir, lui, l'ancien valet de charrue, l'allié d'une vieille famille dont le chef était un homme considérable.
Aussi, sans que jamais un seul mot direct eût été hasardé, soit par le baron, soit par M. Lacheneur, une alliance entre les deux familles était arrêtée en principe...
Oui, le mariage était parfaitement décidé...
Et cependant, à l'impétueuse et inattendue déclaration de Maurice, il y eut dans le salon un mouvement de stupeur.
Ce mouvement, le jeune homme l'aperçut malgré son trouble, et inquiet de sa hardiesse, il interrogea son père du regard.