Le changement, à vrai dire, était peu sensible, il ne frappait pas les domestiques, mais il n'en était pas moins positif et réel, et se trahissait par quantité de petites circonstances inaperçues.
Par exemple, si la parente pauvre gardait encore son air humblement résigné, elle perdait petit à petit ses mouvements craintifs de bête maltraitée; elle ne tressaillait plus quand on lui adressait la parole, et il y avait par instants des velléités d'indépendance dans son accent.
Depuis la fameuse semaine où on l'avait servie dans sa chambre, elle hasardait toutes sortes de démarches insolites.
S'il venait des visites, au lieu de se tenir modestement à l'écart, elle avançait sa chaise et même se mêlait à la conversation. À table, elle laissait paraître ses dégoûts ou ses préférences. À deux ou trois reprises elle eut une opinion qui n'était pas celle de sa nièce, et il lui arriva de discuter des ordres.
Une fois, Mme Blanche qui sortait, l'ayant priée de l'accompagner, elle se déclara enrhumée et resta au château.
Et le dimanche suivant, Mme Blanche ne voulant pas aller aux vêpres, tante Médie déclara qu'elle irait, et comme il pleuvait, elle demanda qu'on lui attelât une voiture, ce qui fut fait.
Tout cela n'était rien en apparence; en réalité, c'était monstrueux, inimaginable.
Il était clair que la parente pauvre s'exerçait timidement à l'audace...
Jamais devant elle il n'avait été question de ce départ que sa nièce lui annonçait si gaiement; elle en parut toute saisie...
—Ah!... vous partez, répétait-elle, vous quittez Courtomieu...