Et comme la parente pauvre, ayant obtenu ce qu'elle voulait, balbutiait quelques excuses:

—Bast! s'écria Mme Blanche, oublions cette vilaine querelle... Tu me pardonnes, n'est-ce pas?... Allons, viens, embrasse-moi comme autrefois.

La tante et la nièce s'embrassèrent en effet, avec de grandes effusions de tendresse, comme deux amies qu'un malentendu a failli séparer.

Mais les patelinages de cette réconciliation forcée ne trompaient pas plus l'inepte tante Médie que la perspicace Mme Blanche.

—Ah! je ferai sagement de rester sur le qui-vive, pensait la parente pauvre. Dieu sait avec quel bonheur ma chère nièce m'enverrait rejoindre Marie-Anne.

Peut-être, en effet, quelque pensée pareille traversa-t-elle l'esprit de Mme Blanche.

Sa sensation était celle du forçat qui verrait river à sa chaîne d'ignominie son ennemi le plus exécré, son dénonciateur, par exemple, l'agent de police qui l'a arrêté.

—Ainsi, pensait-elle, me voici maintenant et pour toujours liée à cette dangereuse et perfide créature. Je ne m'appartiens plus, je suis à elle. Qu'elle exige, je devrai obéir. Il me faudra adorer ses caprices... et elle a quarante ans d'humiliation et de servitude à venger.

Les perspectives de cette existence commune la faisaient frémir, et elle se torturait à chercher par quels moyens elle parviendrait à se débarrasser de cette complice.

Elle n'en apercevait aucun pour le présent, mais il lui semblait en entrevoir vaguement plusieurs dans l'avenir...