Puis réfléchissant à sa conduite, à lui, depuis son mariage:
—Et quand cela serait, ajouta-t-il, qu'aurais-je à dire?... Ne lui ai-je pas tacitement rendu sa liberté!...
Il était extraordinairement troublé, et cependant jamais il ne fût descendu au vil métier d'espion, sans une de ces futiles circonstances qui décident de la destinée d'un homme.
Il rentrait d'une promenade à cheval, un matin, sur les onze heures, et il n'était pas à trente pas de son hôtel, quand il en vit sortir rapidement une femme, plus que simplement vêtue, tout en noir, qui avait exactement la tournure de la duchesse.
—C'est bien elle, se dit-il, avec ce costume subalterne... Pourquoi?...
S'il eût été à pied, il fût rentré, certainement. Il était à cheval, il poussa la bête sur les traces de Mme Blanche, qui remontait la rue de Grenelle.
Elle marchait très-vite, sans tourner la tête, tout occupée à maintenir sur son visage une voilette très-épaisse.
Arrivée à la rue Taranne, elle se jeta plutôt qu'elle ne monta dans un des fiacres de la station.
Le cocher vint lui parler par la portière, puis remontant lestement sur son siège, il enveloppa ses maigres rosses d'un de ces maîtres coups de fouet qui trahissent un pourboire princier...
Le fiacre avait déjà tourné la rue du Dragon, que Martial, honteux et irrésolu, retenait encore son cheval à l'endroit où il l'avait arrêté, à l'angle de la rue des Saints-Pères, devant le bureau de tabac.