—Je ne l'ai pas acheté, on me l'a prêté.

L'assertion du maraudeur était si singulière que ses auditeurs ne purent s'empêcher de sourire. Lui ne parut pas s'en apercevoir.

—On me l'a prêté, poursuivit-il, pour apporter plus vite ici une fameuse nouvelle.

La peur reprit tous les paysans.

—L'ennemi est-il à la ville? demandaient vivement les plus effrayés.

—Oui, mais pas celui que vous croyez. L'ennemi dont je vous parle est l'ancien seigneur d'ici, le duc de Sairmeuse.

—Ah! mon Dieu! on le disait mort.

—On se trompait.

—Vous l'avez vu?

—Non, mais un autre l'a vu pour moi, et lui a parlé. Et cet autre est M. Laugdron, le maître de l'Hôtel de France, de Montignac. Je passais devant chez lui, ce matin, il m'appelle: «Vieux, me demanda-t-il, veux-tu me rendre un service?» Naturellement je réponds: «oui.» Alors il me met un écu de six livres dans la main, en me disant: «Eh bien! on va te seller un cheval, tu galoperas jusqu'à Sairmeuse, et tu diras à mon ami Lacheneur que le duc de Sairmeuse est arrivé ici cette nuit, en chaise de poste, avec son fils, M. Martial, et deux domestiques.»