Il revoyait par la pensée Mme Milner, la propriétaire de l'hôtel de Mariembourg, dans l'attitude qu'elle avait la première fois qu'il l'avait aperçue.

Oui, il la revoyait, hissée sur une chaise, le visage à hauteur d'une cage couverte d'un grand morceau de lustrine noire, répétant avec acharnement trois ou quatre mots d'allemand à un sansonnet, qui s'obstinait à crier: «Camille!... où est Camille!»

—Évidemment, reprit tout haut Lecoq, si Mme Milner, qui est Allemande et qui a un accent allemand des plus prononcés, eût élevé cet oiseau, il eût parlé l'allemand ou il eût eu tout au moins l'accent de sa maîtresse... Donc, il lui avait été donné depuis peu de temps... par qui?

Le père Absinthe commençait à s'impatienter.

—Sérieusement, fit-il, que dites-vous?

—Je dis que si quelqu'un, homme ou femme, à l'hôtel de Sairmeuse, porte le nom de Camille, je tiens ma preuve matérielle... Allons, papa, en route...

Et sans un mot d'explication, il entraîna son compagnon au pas de course.

Arrivé rue de Grenelle-Saint-Germain, Lecoq s'arrêta court devant un commissionnaire adossé à la boutique d'un marchand de vins.

—Mon ami, lui dit-il, vous allez vous rendre à l'hôtel de Sairmeuse, vous demanderez Camille, et vous lui direz que son oncle l'attend ici...

—Mais, Monsieur...