À cette idée, le cœur du pauvre Maurice se brisait.
Mais que devint-il, quand un peu après minuit, il vit soudainement s'illuminer le château de Sairmeuse?
Le duc et son fils rentraient; après le dîner de fête du marquis de Courtomieu, et avant de se coucher, ils visitaient cette magnifique demeure où avaient vécu leurs pères. Ils reprenaient pour ainsi dire possession de ce château dont M. de Sairmeuse n'avait pas franchi le seuil depuis vingt-deux ans, et que Martial ne connaissait pas.
Maurice vit les lumières courir d'étage en étage, de chambre en chambre, et enfin les fenêtres de Marie-Anne s'éclairèrent.
À ce spectacle, le malheureux ne put retenir un cri de rage.
Des hommes, des étrangers, entraient dans ce sanctuaire d'une vierge, où il osait à peine, lui, pénétrer par la pensée.
Ils foulaient insoucieusement le tapis de leurs lourdes bottes, ils parlaient haut. Maurice frémissait, en songeant à ce que se permettait peut-être leur insolente familiarité. Il lui semblait les voir examiner et toucher ces mille riens dont aiment à s'entourer les jeunes filles, ils ouvraient les armoires, ils lisaient une lettre inachevée laissée sur le pupitre...
Jamais avant cette soirée Maurice n'eût voulu croire qu'on pouvait haïr quelqu'un autant qu'il haïssait ces Sairmeuse.
Désespéré, il se jeta sur son lit, et le reste de la nuit se passa à songer à ce qu'il dirait à Marie-Anne et à chercher une issue à une inextricable situation.
Levé avant le jour, il erra dans le parc comme une âme en peine, redoutant et appelant le moment où son sort serait fixé. Mme d'Escorval eut besoin de toute son autorité pour le décider à prendre quelque chose; il ne s'apercevait pas que depuis la veille au matin il n'avait rien mangé.