Enfin, comme onze heures sonnaient, il partit.
Les landes de la Rèche étant situées de l'autre côté de l'Oiselle, Maurice dut gagner, pour traverser la rivière, un endroit où il y avait un bac, à une portée de fusil d'Escorval. Quand il arriva au bord de l'eau, il y trouva six ou sept paysans, hommes et femmes, qui attendaient le passeur.
Ces gens ne remarquèrent pas Maurice. Ils causaient; il écouta.
—Pour vrai, c'est vrai, disait un gros garçon à l'air réjoui, et moi qui vous parle, je l'ai entendu de la propre bouche de Chanlouineau, hier soir... Il ne se tenait pas de joie... «Je vous invite tous à la noce! criait-il, j'épouse la fille de M. Lacheneur, c'est décidé.»
Cette stupéfiante nouvelle atteignait Maurice comme un coup de bâton sur la tête. Sa stupeur fut telle, qu'il perdit jusqu'à la faculté de réfléchir.
—Du reste, poursuivait le gros garçon, il y a assez longtemps qu'il en était amoureux... c'est connu. Il fallait voir ses yeux, quand il la rencontrait... des brasiers, quoi!... Il en maigrissait. Tant que le père a été dans les grandeurs, il n'a rien osé dire... dès qu'il l'a su tombé, il s'est déclaré et on a topé.
—Mauvaise affaire pour lui, hasarda un petit vieux.
—Tiens!... pourquoi donc?
—S'il est ruiné, comme on dit...
Les autres éclatèrent de rire.