—Ruiné!... M. Lacheneur! disaient-ils tous à la fois, quelle farce... Il a beau faire le pauvre, il est encore plus riche que nous tous... On sait ce qu'on sait... Le croyez-vous donc assez bête pour n'avoir rien mis de côté, en vingt ans!... Il en a placé, allez, de cet argent; pas en terres, parce que ça se voit, mais autrement... Même il parait qu'il volait M. le duc de Sairmeuse comme il n'est pas possible...

—Vous mentez!... interrompit Maurice indigné, M. Lacheneur quitte Sairmeuse aussi pauvre qu'il y était entré.

En reconnaissant le fils de M. d'Escorval, les paysans étaient devenus fort penauds. Mais lui, en intervenant, s'était enlevé tout moyen de se renseigner. Il questionna, on ne lui dit que des niaiseries, des choses vagues. Le paysan interrogé ne répond jamais que ce qu'il pense devoir être agréable à qui l'interroge; il a peur de se compromettre.

Ce fut une raison pour Maurice de hâter sa course quand il eut traversé l'Oiselle.

—Marie-Anne épouser Chanlouineau! répétait-il, c'est impossible! c'est impossible!...

IX

Les landes de la Rèche, où Marie-Anne avait promis à Maurice de le rejoindre, doivent leur nom à la nature de leur sol âpre et rebelle.

La nature y semble maudite, rien n'y vient. La boue s'y détrempe contre les cailloux, le sable y défie les fumures. Si bien que la patience opiniâtre des paysans s'y est émoussée comme le fer des outils.

Quelques chênes rabougris s'élevant de place en place au-dessus des genêts et des ajoncs maigres attestent les tentatives de culture.

Mais le bois qui est au bas de la lande prospère. Les sapins y poussent droits et forts. Les eaux de l'hiver ont charrié dans quelques replis de terrain assez d'humus pour donner la vie à des clématites sauvages et à des chèvrefeuilles dont les spirales s'accrochent aux branches voisines.