XI
Aux heures décisives de la vie, quand l'avenir tout entier dépend d'une parole ou d'un geste, vingt inspirations contradictoires peuvent traverser l'esprit dans l'espace de temps que brille un éclair.
À la brusque apparition du jeune marquis de Sairmeuse, la première idée de Maurice d'Escorval fut celle-ci:
—Depuis combien de temps est-il là? Nous épiait-il, nous a-t-il écoutés, qu'a-t-il entendu?...
Son premier mouvement fut de se précipiter sur cet ennemi, de le frapper au visage, de le contraindre à une lutte corps à corps.
La pensée de Marie-Anne l'arrêta.
Il entrevit les résultats possibles, probables même, d'une querelle née de pareilles circonstances. Une rixe, quelle qu'en fût l'issue, perdait de réputation cette jeune fille si pure. Martial parlerait et la campagne est impitoyable. Il vit cette femme tant aimée devenant, par son fait, la fable du pays, montrée au doigt... et il eut assez de puissance sur soi pour maîtriser sa colère.
Tout cela ne dura pas la moitié d'une seconde.
Il toucha légèrement le bord de son chapeau, et faisant un pas vers Martial:
—Vous êtes étranger, monsieur, lui dit-il, d'une voix affreusement altérée, et vous cherchez sans doute votre chemin...