L'expression trahissait ses sages intentions. Un «passez votre chemin» bien sec eût été moins blessant. Il oubliait que ce nom d'étranger était la plus sanglante injure qu'on jetait alors à la face des anciens émigrés revenus avec les armées alliées.
Cependant le jeune marquis de Sairmeuse ne quitta pas sa pose insolemment nonchalente.
Il toucha du bout du doigt la visière de sa casquette de chasse et répondit:
—C'est vrai... je me suis égaré.
Si troublée, si défaillante que fût Marie-Anne, elle comprenait bien que sa présence seule contenait la haine de ces deux jeunes gens. Leur attitude, la façon dont ils se mesuraient du regard ne pouvaient laisser l'ombre d'un doute. Si l'un restait ramassé sur lui-même, comme pour bondir en avant, l'autre serrait le double canon de son fusil, tout prêt à se défendre...
Le silence de près d'une minute qui suivit, fut menaçant comme ce calme profond qui précède l'orage... Martial à la fin le rompit:
—Les indications des paysans ne brillent pas précisément par leur netteté, reprit-il d'un ton léger, voici plus d'une heure que je cherche la maison où s'est retiré M. Lacheneur...
—Ah!...
—Je lui suis envoyé par M. le duc de Sairmeuse, mon père.
D'après ce qu'il savait, Maurice crut deviner qu'il s'agissait de quelque réclamation de ces gens si étrangement rapaces.