Le bourgeois bourrait sa pipe avec rage; sa voix, ses gestes accusaient de l'impatience. Comprenant qu'il avait des griefs contre l'instruction, craignant de le mécontenter en insistant, je m'en tins à cette unique tentative. Et mes enfants n'allèrent pas en classe.

Pour la culture, je n'étais pas de ceux qui aiment à se lancer dans les nouveautés, dans les frais, sans savoir ce que seront les résultats. Mais pourquoi faire grise mine à ce que l'expérience démontre avantageux? Dès mon entrée à la Creuserie, je m'étais muni de deux bonnes charrues qui faisaient plus vite que l'araire du bien meilleur travail et d'une herse aux dents de fer. J'aurais voulu décider le régisseur à adopter la chaux, mais il reculait devant la dépense, à vrai dire assez considérable. Sa grande préoccupation était de pouvoir verser au propriétaire une somme au moins équivalente à celle de l'année d'avant. C'est que M. Gorlier, quand il y avait baisse, savait fort bien dire avec une moue de dépit:

—Bientôt les revenus de mes propriétés ne suffiront plus à payer l'impôt!…

Et, un jour que le sous-ordre trembleur osait aborder cette question de la chaux:

—Si j'avais voulu m'occuper moi-même de mes biens, il est clair que je ne vous aurais pas pris comme régisseur! Arrangez-vous à tirer des domaines tout ce qu'ils peuvent donner, de façon à ce que les bénéfices aillent en augmentant. Ce n'est pas à moi à vous indiquer les moyens d'y parvenir.

M. Parent restait donc perplexe, hésitant entre la crainte des débours à faire de suite et le désir d'augmenter les rendements futurs. Mais la crainte l'emportait et nous en restions là.

Or, le propriétaire étant venu nous voir à la moisson me demanda si la récolte s'annonçait bonne.

—Ni bonne, ni mauvaise, Monsieur Frédéric, répondis-je; elle serait certainement bien meilleure si nous avions mis de la chaux.

—Ça donne de bons résultats, cette chaux? questionna-t-il d'un air indifférent, tout en faisant des moulinets avec sa canne autour de la tête d'un gros chardon.

—Oh! oui, Monsieur Frédéric. On rentre souvent dans ses frais dès la première année; les récoltes d'avoine et de trèfle qui viennent après le blé sont bien meilleures,—et cela est bénéfice clair. Les avantages ensuite continuent à se faire sentir assez longtemps.