—Allons, va, mon garçon, il faut t'en aller; tu ferais attendre tes compagnons…
—En effet, l'heure approche!
Il se leva et tout le monde en fit autant. La servante rentrait de garder les moutons,—une petite de quinze ans que nous avions prise au lieu et place de la Mélie; il l'embrassa.
—Au revoir, Francine.
Il embrassa de même en disant «au revoir» le domestique et son frère Charles. Et ses yeux se gonflaient; et ses cils s'humectaient.
—Au revoir, petite sœur!
—Pas déjà! Je vais t'accompagner un bout de chemin…
Les deux femmes s'accrochèrent à ses bras. Je marchais par derrière avec le paquet. Un vent d'ouest assez fort soufflait, faisant se replier la feuillée des chênes, se tordre dans le haut les grands peupliers; il avait plu les jours précédents et, bien que le soleil se montrât, ce n'était pas encore le vrai beau temps. A Baluftière et plus loin, aux abords de deux ou trois autres fermes, des lessives séchaient, tachant de blanc les haies vertes que l'éloignement rendait sombres. On voyait dans les champs des bovins en train de paître; un merle siffla; une caille fit entendre quatre fois de suite son invite à la sagesse créancière: «Paie tes dettes!»
Après que nous eûmes fait une centaine de mètres sur la route et comme nous arrivions à un tournant:
—Allons, il nous faut le laisser aller! ordonnai-je d'un ton bref.