—Tiens, c'est des raisins que vous avez là dedans? s'exclama-t-elle en levant les yeux vers la treille. Vous avez joliment bien su les conserver… Mais j'y songe: on m'a justement chargé d'en acheter pour les desserts du soir; voulez-vous me les vendre, Madame Bertin?
—Non, ma fille, non! Quand même on m'en offrirait bien plus qu'ils ne valent je ne les vendrais pas;—je les conserve pour mon Charles.
—Ah! il revient cette année, votre fils? Alors vous avez raison, il faut les lui garder, nous trouverons bien autre chose comme dessert de noce.
Et, toute rieuse, sautillante et légère, la petite Marthe s'en alla.
Quelques jours après, nous eûmes la visite d'une pauvre femme dont le mari était souffrant.
—Il se plaint du ventre; il est fiévreux et sans appétit, nous expliqua-t-elle. Je lui ai apporté hier un petit morceau de viande qu'il n'a pas mangé; les œufs lui répugnent; il a seulement envie de raisins. Je vous en achèterais bien quelques-uns…
Victoire, attendrie, lui en remit trois, disant qu'elle les lui donnait pour son malade; mais elle ne se fit pas faute de répéter encore:
—Ils ne sont pas à vendre, voyez-vous… Mon Charles va rentrer du régiment; je les lui conserve.