—Monsieur Cerbony, je ne connais personne qui… Si, pourtant: j'ai un voisin qui doit avoir deux mille francs à peu près.

C'était Dumont, de la Jarry d'en bas; il m'avait dit ça un jour que nous coupions ensemble une bouchure mitoyenne.

—Alors, c'est entendu; vous m'apporterez ces six mille francs à la fin du mois; je m'arrangerai pour le reste. Je tiens à vous faire plaisir, vous êtes un client… Vous savez que je paie cinq comme tout le monde. Au revoir!

J'allai trouver le soir même Dumont, de la Jarry, pour lui faire part de la combinaison; à mon grand étonnement, il ne se montra pas enthousiaste.

—Cerbony, Cerbony, dit-il, oui, c'est un homme qui fait beaucoup d'affaires, mais il est étranger au pays et, en fin de compte, on ne sait pas s'il est vraiment riche… Si ça tournait mal?

—Mais, malheureux, il gagne de l'argent gros comme lui… Si j'avais son gain d'une année, je serais sûr de vivre tranquille le reste de mes jours.

—Taratata… S'il gagne beaucoup, il dépense de même, vous le savez comme moi. Tenez, Tiennon, je veux bien vous prêter mes deux mille francs, mais à condition de n'avoir affaire qu'à vous; nous irons chez le notaire qui fera un billet… Je ne vous demande que quatre francs cinquante d'intérêts; Cerbony vous paiera cinq; vous aurez dix sous du cent pour vos peines.

Je fus sur le point, ma foi, de prendre l'argent de Dumont dans ces conditions. Mais la bourgeoise et les garçons, moins aveuglés, m'en dissuadèrent.

A l'époque convenue, je portai donc mes quatre mille francs au brasseur d'affaires, en m'excusant de ce que le voisin venait juste de prêter son argent ailleurs. Il regrettait beaucoup cette occasion manquée—ajoutai-je hypocritement.

Cerbony eut un mouvement de mauvaise humeur: