Mais voilà que Roubaud, certain jour, vint tout penaud me dire:

—Le maître veut trois cents francs d'augmentation à partir de la Saint-Martin prochaine.

Cette nouvelle m'abasourdit… J'avais accepté sans trop récriminer dix ans auparavant une première augmentation de deux cents francs, que justifiait un peu la hausse du bétail. Mais je ne voyais nul motif à cette surcharge nouvelle qui eût porté à neuf cents francs le chiffre de mon impôt colonique annuel,—c'est-à-dire que le maître, outre sa moitié des produits, voulait encore neuf cents francs sur ma part, indépendamment des redevances en nature. Les cours n'étaient pas supérieurs à ceux de l'autre décade. Les bénéfices n'augmentaient qu'en raison des frais faits en commun, et en proportion aussi de nos peines et de nos sueurs.

Je fis serment par Dieu et par le diable que je n'accepterais aucune augmentation.

—Réfléchissez, dit Roubaud, vous n'êtes pas tenu à donner aujourd'hui une réponse définitive.

—C'est tout réfléchi! repartis-je.

Et je renouvelai le serment: cette injustice me faisait trop mal au cœur!

Pourtant, après en avoir délibéré avec ma femme et les garçons, j'offris un appoint de cent francs.

Roubaud transmit ma réponse au bourgeois qui se trouvait à Paris. Mais lui, bien loin de vouloir transiger, signifia un jour que ceux des métayers qui n'avaient pas encore adhéré aux conditions nouvelles aient à se placer ailleurs. C'était le congé définitif pour ceux du Plat-Mizot, pour ceux de Praulière et pour nous.

Je n'aurais jamais cru que le maigre et remuant Lavallée cachât sous des dehors affables une telle dose de perfidie. Roubaud, plus tard, me rapporta de lui cette phrase: