Les garçons partageaient ma manière de voir. L'aîné allait à la messe comme moi, à peu près régulièrement tous les quinze jours. Le Charles, depuis son retour du régiment, n'y allait guère qu'une fois par mois, et encore! Ce fut lui surtout qui trouva dure l'obligation hebdomadaire!
Le lundi gras, pendant que nous étions aux champs, les femmes eurent la visite de Mlles Yvonne et Valentine Noris.
—Victoire, votre jeune fils a manqué la messe hier.
—Il est allé à Bourbon, Mesdemoiselles; il a dû y assister là-bas.
—Nous n'en croyons rien… Charles doit venir chaque dimanche à la messe à Saint-Aubin comme vous tous; il ira se promener ensuite à Bourbon ou ailleurs, s'il le juge à propos. Il ne saurait se soustraire à ce devoir dont nous faisons un ordre sans que la chose nous soit connue. Et s'il persistait à désobéir, nous vous en rendrions responsables, vous, ses parents…
Il fut forcé de s'exécuter, parbleu! Et même d'aller, comme moi, à confesse au temps de Pâques. C'était l'unique moyen d'être tranquille; car les demoiselles nous faisaient épier, je crois, par leur garde et leurs domestiques.
Les blasphèmes nous étaient sévèrement interdits. Or, Charles, dès que quelque chose ne lui allait pas, lâchait un «Bon Dieu!» ou un «Tonnerre de Dieu!» agrémenté de préambules divers. Je l'avais bien engagé à perdre cette habitude ou à se retenir en présence des mouchards. Dure contrainte! Il s'échappa un jour à lâcher un gros juron que le garde entendit. Les deux vieilles filles rappliquèrent sans tarder.
—Victoire, votre fils continue de proférer des blasphèmes épouvantables; nous n'admettons pas cela chez nous!
Elles allèrent jusqu'à me reprocher à moi-même de dire aussi de vilains mots pour m'avoir ouï employer l'expression «Tonnerre m'enlève!» Ma foi, je leur répondis carrément que ce terme m'était aussi nécessaire que mes prises de tabac, que je ne pouvais promettre de l'éviter toujours. En effet, cela me venait aux lèvres inconsciemment—comme à Charles ses blasphèmes, d'ailleurs.