Eh bien, quoique fourrées sans cesse à l'église, au confessionnal, à la table sainte, quoique ayant une horreur exagérée des vilains mots, elles ne valaient tout de même pas cher, les deux vieilles toupies!
L'hiver de 79-80 fut très rude. On entendait la nuit craquer les arbres torturés par le gel. Moineaux, verdiers, roitelets et rouges-gorges se réfugiaient dans les étables et, sans chercher à réagir, se laissaient capturer. Tous les matins on découvrait à proximité des bâtiments quelques-uns de ces pauvres oiseaux inertes et roides,—morts de froid. Les corbeaux, croassant par bandes aux abords des fermes, se hasardaient, talonnés par la faim, à venir picorer sur la pelote de fumier. On sentait une grande misère dans la nature.
Comme aussi, hélas! chez tous les pauvres gens! Des journaliers en chômage, parcourant la campagne pour grapiller du bois, eurent le tort de s'attaquer à des arbres entiers. Dans notre champ des Perches un gros érable disparut ainsi. Les demoiselles Noris étant venues avec le garde constater le larcin, il me fut donné d'entendre les objurgations furieuses de Mlle Yvonne:
—Il faudra faire de fréquentes tournées nocturnes et, s'il vous arrive d'apercevoir quelqu'un de ces misérables, n'hésitez pas: tirez-lui dessus!… Vous en avez le droit.
C'est que la charité de ces bigotes s'exerçait surtout en mesquines vengeances et basses perfidies à l'égard de ceux qui n'avaient pas la chance de leur plaire!
Elles donnaient aux pauvres de la commune un sou par quinzaine et aux passants du vendredi un croûton sec,—les autres jours rien du tout… C'est nous, métayers, qui les nourrissions, les traîneurs de bissacs!
Ah! malgré toutes leurs simagrées, je ne donnerais pas cher de leur place au Paradis, à ces deux numéros-là!
XLVII
La femme de mon parrain étant morte, je dus recueillir ma sœur Marinette que la bru de la défunte ne se souciait pas du tout de garder.