Georges reprit:

—Cela t'étonne, Berthe? La terre s'épuiserait, vois-tu, si l'on cessait de lui fournir des matières fertilisantes.

—Votre charrette est-elle douce, mon oncle? interrogea Berthe à nouveau; celle du cousin ne l'est guère; je suis montée un peu sur la route; j'ai eu mal au cœur d'avoir été trop secouée…

Nous arrivions dans la cour. La Victoire, le Jean, sa femme et le petit s'avancèrent à la rencontre des Parisiens: il y eut embrassade générale. Georges et Berthe embrassèrent même la Marinette à qui l'on avait fait mettre à dessein des effets propres; elle se laissa faire de mauvais cœur, et reprit sa plaintive mélopée coutumière qui parut impressionner péniblement notre jolie nièce.

La bourgeoise avait préparé à l'intention de nos hôtes une soupe au lait, des haricots verts au beurre, un poulet rôti et une salade à l'huile de noix. Pour eux seulement:—faire de l'extra pour tout le monde eût été trop coûteux. Elle les servit sur une petite table, dans la chambre. Mais Berthe s'en fâcha:

—Ah! non, nous ne voulons pas dîner seuls; nous sommes venus pour être en famille!

Je lui dis que nous ne mangions, nous, qu'à huit heures passé, lorsqu'on ne pouvait plus besogner dehors, la nuit tout à fait venue…

—Par exemple, mon oncle, vous allez au moins rester nous tenir compagnie, vous et le petit cousin.

Et de faire asseoir auprès d'elle le petit de Jean.

Victoire me dit, voyant qu'ils y tenaient: