—Eh bien oui, Tiennon, il te faut dîner avec le neveu et la nièce.

Je m'en fus donc changer de pantalon, de sabots, mettre une blouse propre, et je pris place à côté d'eux. Ils déclarèrent excellente la soupe au lait et se régalèrent des haricots fins et tendres auxquels Victoire n'avait pas ménagé le beurre. Par contre, ils ne firent pas grand mal au poulet—plus commun pour eux, peut-être, que le lait et les légumes frais. Je remarquai qu'ils semblaient aux petits soins l'un pour l'autre.

—Qu'en dis-tu, Georges?… N'est-ce pas, Georges? faisait-elle à tout propos.

Et lui:

—Voyons, Berthe, tu vas te faire mal, ma chérie; tu abuses de ces haricots…

Nous avions, comme dessert, de grosses prunes noires.

—C'est mauvais, ces fruits-là! N'en mange pas trop, petite…

Un peu niaises à mon avis, ces façons de faire. A la campagne, si l'on se parlait comme ça entre époux, tout le monde s'en amuserait. Au fond, peut-être bien qu'on s'aime autant qu'eux, mais on ne se prodigue jamais de mots tendres.

Quand ma femme venait pour le service, Georges et Berthe lui reprochaient encore doucement d'avoir préparé deux dîners et lui défendaient de recommencer à l'avenir:—ça leur était bien égal de manger un peu plus tard!

Charles avait apporté de Bourbon, sur l'ordre de sa mère, une couronne de pain blanc, notre pain de ménage, vieux de huit jours étant déjà dur; ils eurent néanmoins la fantaisie d'en user.