—Nous voulons devenir tout à fait campagnards, mon oncle! disaient-ils.

Et, de me demander ceci et cela, combien nous avions de moutons, combien de vaches et comment on faisait pour traire.

—J'irai voir toutes les bêtes demain, fit Berthe. Voyons, vous vous levez de bon matin, à six heures?

—Oh! ma nièce, à six heures il y a déjà deux heures que nous travaillons.

—Sitôt!… Ah! par exemple!… Eh bien, nous, mon oncle, nous sommes des paresseux; Georges entre à neuf heures au bureau; nous nous levons à huit, jamais avant. Mais ici, nous serons debout à l'aube, vous verrez…

Le repas terminé, il nous fallut revenir à la salle commune où les autres commençaient à manger. Après qu'ils eurent avalé la soupe, chacun émietta selon la coutume un morceau de pain dans son assiette de terre rouge et le trempa d'une grande louchée de lait écrémé. La Parisienne en fut très étonnée:

—Mais alors c'est une autre soupe… Vous mangez deux soupes à votre dîner?

Elle comprit à ce moment sans doute que ce second dîner n'avait guère retardé la cuisinière…

Je leur proposai de faire un tour dehors à la fraîcheur, voyant que leur présence gênait les femmes pour la vaisselle. Les garçons s'étant joints à nous, nous fîmes ensemble le tour du pré de la maison. Nuit plutôt maussade; ciel sombre et brise trop fraîche; la lune en faucille éclairait faiblement. Georges, ayant senti frissonner sa femme, répétait à tout propos, bien qu'elle se défendît d'avoir froid:

—Tu vas t'enrhumer, ma chérie, j'en suis sûr; il ne faut pas nous attarder.