—Trouve-moi, petit, la solution de celui-ci: Un Monsieur passant à côté d'une bergère lui demande combien elle a de moutons. Elle répond: «Si j'en avais autant, plus la moitié d'autant, plus le quart d'autant, plus un, cela m'en ferait cent.» Combien en avait-elle?
Il chercha longtemps, mais en vain; je fus obligé de lui dire le nombre des moutons:—trente-six.
Quand je voulais le faire bien rire, je lui racontais les tours du père Bergeon. Ce père Bergeon, défunt depuis pas mal de lustres, avait laissé une solide réputation de farceur et de menteur. Et l'on citait encore ses hâbleries de choix.
—Allons, Francis, ouvre tes oreille…
«Une fois, Bergeon avait perdu sa truie. Trois jours entiers il battit le canton sans parvenir à retrouver la fugitive. Mais voilà que, rentré chez lui, il crut percevoir des grognements du côté du jardin. Rien ne se montrait cependant. Enfin, parcourant un carré de haricots où rampait un plant de citrouille, il découvrit sa bête à l'intérieur d'un énorme giraumon avec une nichée de huit petits cochons roses et blancs,—et il y avait encore de la place de reste!
«Un matin d'août, circulant dans son champ de pommes de terre, il avait été très intrigué de voir le sol se soulever par endroits. Il crut d'abord aux évolutions d'une bande de taupes. Mais point! Ces soulèvements de terrain étaient simplement le fait des tubercules en passe de grossir avec une rapidité phénoménale!
«Plus extraordinaires encore les incidents de chasse.
«Un jour d'hiver, ayant tiré des étourneaux sur un alisier, Bergeon en avait tué tant et tant qu'il les rapportait à pleins sacs et qu'il en tombait encore de l'arbre au bout d'une semaine!
«Une autre fois, passant sur le bord d'un étang, il aperçut des canards sauvages qui s'ébattaient tranquillement à la surface de l'eau calme. Il eut l'idée—n'ayant pas son fusil—de leur lancer un bouchon attaché à une longue ficelle, dont il retint l'autre extrémité. Les canards sont voraces et digèrent vite:—l'un se précipite sur le bouchon qu'il avale, et relâche par derrière cinq minutes après; un autre aussitôt l'engloutit à son tour et ainsi, de bec en bec, le bouchon passa par le corps de vingt-quatre canards qui, à cause de la ficelle, se trouvent empalés. Le malin n'eut qu'à les tirer hors de l'eau et à les emporter.»