—Tiens, te voilà par là! dit-il en s'arrêtant.

—Oui, j'ai voulu revoir mon ancien pays.

—Ah!

Un instant d'hésitation sur l'attitude à prendre,—puis, il me tendit la main:

—Et comment ça va-t-il, mon vieux?

—Ça va tout doucement, merci… Et toi-même?

—Moi, ça va comme les vieux, une fois bien, une fois mal, plus souvent mal que bien… Tiennon, reprit-il après un court silence, je te pardonne la crasse que tu m'as faite. Il y a assez longtemps que je te boude; nous pouvons bien redevenir amis…

—C'était mal de ma part, je l'ai bien compris, va. Mais tu sais que je n'avais aucune situation…

—Oui, ce mariage t'a rendu un fier service; tu aurais peut-être été obligé sans cela de rester toute ta vie journalier, ce qui n'est pas gai, ma foi non! De mon côté, je me suis marié avec une autre dont je n'ai pas eu à me plaindre. N'en parlons donc plus…

Et nous voilà pris à causer, à passer en revue nos existences. Lui n'avait jamais quitté le Parizet. A la mort de son père, la direction du domaine lui échut naturellement. Il avait bien travaillé, élevé cinq enfants, fait de sérieuses parties de cartes et bu quelques forts coups. Le propriétaire, un de ces bons riches comme il s'en voit trop peu, venait de faire construire à son intention une chambre neuve où il comptait vieillir et mourir,—son aîné, bien entendu, prenant la ferme à son compte.