—Bravo! père Tiennon. Vive la Sociale! s'exclamèrent trois jeunes gens qui m'avaient entendu.
Et ils offrirent le café. Mais je me sentais un peu étourdi par le bruit de la salle, par la chaleur et la fumée. Je regardai la pendule.
—Non, mes amis, non; il est temps que j'aille panser mes vaches.
Daumier intervint:
—Allons, buvons le café avec ces jeunes gas, vieux socio.
—Merci! La tête me fait un peu mal; je dirais sans doute des «âneries». C'est toujours ce qui arrive quand on reste au café longtemps. Au revoir!
Et leur ayant serré la main à tous je partis, laissant le père Daumier qui prit sa «cuite». C'est la seule fois de ma vie qu'il m'arriva de tant causer politique.
Les élections furent vite oubliées, et les discussions et les rêves auxquels elles avaient donné lieu, en présence du grand désastre qu'on eut à subir cette année-là… Tout le printemps, tout l'été sans pluie; un soleil constant qui brûlait les plantes jusqu'en leurs racines; une récolte de foin dérisoire; une récolte de céréales médiocre; les pâtures desséchées; les mares vidées; les animaux se vendant pour rien:—quelle misère! Je fus obligé d'aller au bois râteler des feuilles sèches dont j'amassai une provision pour la litière, et d'acheter des fourrages du Midi qu'un négociant faisait venir à Saint-Aubin par wagons. Je compris, cette année-là, que le chemin de fer pouvait tout de même rendre des services aux paysans!