—Pauvres jeunes mariés, où en sont-ils?

La première surprise passée les chuchotements, les bruits d'embrassade se multiplièrent; des baisers anonymes autant qu'audacieux provoquaient des cris effarouchés, des fuites éperdues, des supplications, des soupirs.

Sur l'ordre des mariés, je fus à la maison quérir de la lumière. Les vieux qui, depuis un moment avaient quitté le bal, y étaient attablés à nouveau buvant, chantant, s'empiffrant de volaille rôtie. L'oncle Toinot, tout à fait ivre, dormait comme un sonneur.

La grange éclairée à nouveau, le bal reprit pour se continuer jusqu'à deux heures du matin. Seulement les jeunes mariés avaient filé plus tôt pour gagner dans la nuit Suippière où ils devaient coucher. Quelques-uns des convives éloignés reçurent aussi l'hospitalité chez les voisins. Les autres demeurèrent chez nous: les femmes et les enfants au grenier,—où chacun des lits avait été dédoublé par les soins de ma mère—les hommes au fenil, où on avait disposé à leur intention des couvertures usagées, des sacs.


Les jeunes garçons tinrent à rester debout par bravade. Après avoir bu et mangé à satiété ils se répandirent dans la cour et firent mille sottises—comme de démonter l'araire, de bousculer le char à bœufs dans la mare, d'enlever des jougs les liens de cuir et de s'en servir pour lier Médor sur la brouette qu'ils suspendirent aux branches hautes d'un poirier. Si lamentablement gémit le pauvre chien que mon père dut se lever pour le délivrer, non sans peine. Cependant que les héros clôturaient leurs exploits en plaçant sur le chemin des mariés de grands bâtons fourchus dont je ne compris pas à ce moment le sens. Au jour, rentrés à la maison, ils harcelèrent ma mère déjà levée pour obtenir de la «soupe frite». Tout cela entrait dans la tradition du moment, un peu modifiée depuis quant aux détails,—le fond restant le même.

Le cortège se reforma vers neuf heures pour aller chercher les mariés, et il y eut de beaux rires à leurs dépens quand on passa à proximité des emblèmes. Mais je ne fus pas témoin de la scène, ayant dû aller garder les cochons comme si de rien n'était.

Quand je revins, le déjeuner s'achevait dans une gaieté un peu factice. La fatigue se lisait sur les figures tirées aux gros yeux somnolents. Les plus enragés obtinrent cependant une nouvelle sauterie dans la grange—courte et sans entrain, d'ailleurs. Et les invités se retirèrent avant la nuit, emportant des restes de galette et de brioche offerts par ma mère…


Il y eut bien du mal ensuite pour remettre toutes choses en place…