Il passa sur le dos des bêtes sa petite main d'apothicaire fine et blanche.

—Voyez, ils sont déjà en sueur; leurs flancs battent; de la mousse écumeuse sort de leur bouche; ils en viendraient à tirer la langue… Il va falloir les dételer, Baptiste.

Mon parrain haussa les épaules.

—Nous n'en finirions pas de faire notre ouvrage, Monsieur, si nous ne les gardions que trois heures à chaque attelée. Par les temps de chaleur, bien sûr que leurs flancs battent et qu'ils tirent la langue, ce n'est qu'un mauvais moment à passer; nous aussi nous avons chaud!

—Évitez d'exagérer; cela pourrait être dangereux, vous dis-je.

—Nous les lâcherons à midi, soyez tranquille! fit l'aîné narquois.

—Comme les autres jours! ajoutai-je malicieusement.

M. Boutry partit très mécontent, comprenant qu'on se moquait…

La politesse, la déférence nous faisaient plutôt défaut, comme on voit. Pourtant, au Garibier, avant la rupture, chacun se montrait empressé à l'égard de Fauconnet. Mais Fauconnet ne venait que deux fois par mois; puis, connaissant la vie rurale, il faisait montre comme gérant de capacités incontestables; enfin il savait parler en maître. Tandis que Boutry, exprimant d'un air de prière les idées de ses livres, nous semblait ridicule; et puis, dame, il était toujours là…