De par les conditions du bail, nous étions astreints pour le service particulier du bourgeois à pas mal de petites besognes: car il n'avait pas de domestique mâle. Nous devions soigner son cheval, nettoyer sa voiture, atteler et dételer quand il allait en route, faire son jardin, casser son bois. Il eût aimé, je pense, que nous prévenions ses désirs, que nous nous prêtions au moins de bonne grâce à l'accomplissement de ces multiples corvées. Mais au lieu de cela, mon père, très incapable de dissimuler, grognait à tous les ordres:
—Oh M'sieu, ça va t'y nous r'tarder! Tant d'travail que presse chez nous!… J'aurions déjà peiné d'en voir le bout.
Presque toujours ma mère renchérissait, ou bien mes frères. Alors le maître:
—Mais il n'y en a pas pour longtemps, mes amis. C'est l'affaire d'un tout petit moment… Vous m'aurez vite fait ça, mon brave Bérot.
—Pus longtemps qu'ou pensez, allez, M'sieu… C'est bien ennuyant, j'vous en réponds!
Lui, gêné de ces doléances, se faisait très humble pour venir nous déranger—comme s'il eût demandé une faveur à des indifférents.
Mme Boutry, maigre pimbêche sur le retour, était loin d'être aussi accommodante. D'un ton sec et dédaigneux elle disait à ma mère:
—Jeannette, vous m'enverrez quelqu'un demain pour la lessive.
Ou bien: