—Il ira mieux demain; mais, par exemple, il était temps de l'apporter, vous savez… Dès qu'il sera débarrassé, pour hâter sa guérison, vous irez faire brûler un cierge devant l'autel de la sainte Vierge.

A notre demande de paiement, il répondit:

—Je ne prends rien aux pauvres gens… Mais voici un tronc où chacun met ce qu'il veut.

Il désignait sur la cheminée une petite boîte carrée au couvercle percé d'une fente; j'y glissai vingt sous et nous repartîmes en hâte, inquiets des deux aînés que nous avions laissés dormant dans la maison fermée.

Le guérisseur ne nous avait pas trompés. Vers le matin, le bébé vomit des matières aqueuses qui ressemblaient à des crachats durcis et, tout de suite soulagé, il prit le sein. Deux jours plus tard, il n'y paraissait plus.


Je me suis souvent demandé, sans pouvoir répondre ni dans un sens ni dans l'autre, si cette guérison fut d'effet naturel ou si les simagrées du vieux y furent pour quelque chose. Je sais que nombre de gens, très sceptiques, très fortes têtes, ne craignent pas encore aujourd'hui d'avoir recours à ces guérisseurs campagnards pour se faire barrer le mal de dents, ou se faire dire la prière à l'occasion d'une entorse ou d'une foulure. Et d'aucuns prétendent qu'ils en ont du soulagement.

Ceci étant, un pauvre homme tout simple a bien le droit de rester perplexe, également éloigné de ceux qui affirment et de ceux qui se moquent. J'en suis encore là.

XXIV

Certain jour de foire de Bourbon, pour le carnaval de 1853, mon beau-père m'ayant tiré à part sur la place de la Mairie où je causais avec d'autres, me proposa d'entrer comme métayer dans un domaine de Franchesse, sa commune d'origine. Il connaissait particulièrement le régisseur, un ami d'enfance.