Quant au mobilier, il est un préjugé généralement répandu parmi la plupart des consommateurs, c'est qu'il faut qu'ils aient un entourage somptueux pour en imposer à leurs producteurs et leur inspirer de la confiance.

Cette idée était bonne du temps de Charles-Martel et de Pépin-le-Bref, où un siège sur lequel on pouvait s'asseoir passait pour un chef-d'œuvre d'industrie; mais maintenant que l'on fait des lits sur lesquels on peut dormir debout sans se coucher, tout cela n'en impose plus, et ce luxe n'est propre qu'à étonner les enfans.

Ainsi donc votre mobilier ne doit être composé que de très-peu de choses, mais de choses originales et propres à fixer l'attention de ceux qui seraient à même de l'examiner en attendant mieux.

Meublez-vous par la mécanique, éclairez-vous par le gaz hydrogène, et défendez-vous de l'approche de l'ennemi par la physique.

Mon oncle a fait cet essai avec un rare bonheur sur ses créanciers. Il avait une machine électrique d'une assez jolie dimension, et observait toujours de la tenir abondamment chargée du mystérieux fluide; il l'avait mise en communication avec la clef de sa porte d'entrée par un fil conducteur; de l'aspect de cette clef constamment sur sa porte, il en retirait un sentiment de confiance sans bornes, parce que lorsqu'un créancier impatient venait à mettre la main dessus pour entrer chez lui, il recevait une commotion violente qui le livrait en proie à des sentimens confus d'engourdissement et de sorcellerie; il était rare qu'un créancier, quelque brave ou quelqu'entêté qu'il fût, se frottât une seconde fois à venir prendre une leçon de physique expérimentale, bien qu'il lui eût expliqué très-clairement les effets résultant des causes, et les causes résultant des effets, en physique.

Quant au choix d'un domestique, c'est une affaire trop délicate dans une position semblable en tout point à celle où je souhaite que vous vous trouviez, pour parvenir sûrement à votre but; il vaut infiniment mieux se servir soi-même. Je ne vous engagerai donc pas non plus à prendre une femme de ménage, la portière ne la verrait que d'un très-mauvais œil, et on sait ce que c'est que l'œil d'une portière mécontente; vous vous ressentiriez nécessairement du contre-coup de sa mauvaise humeur. Si vous ne pouvez vous astreindre à ces soins du ménage, dont un consommateur habitué à toutes ses aises ne peut se passer, faites d'une pierre deux coups, et choisissez de préférence votre portière ou sa fille si elle est jeune et adepte, parce que son père et sa mère se ressentiront, à leur tour, du contre-coup de vos générosités et de vos bonnes grâces à l'égard de leur fille. En elle, vous trouverez un défenseur officieux et un puissant auxiliaire pour repousser les invasions de la gent créancière.

SEPTIÈME LEÇON.

Manière de vivre.

Dicton de mon Oncle.—Cas que l'on doit toujours prévoir.—Principe invariable.—Fournisseurs de tous genres auxquels on doit accorder la préférence.—Craintes mal fondées.—Emploi de la journée d'un consommateur qui sait raisonner son affaire.—Biens immenses occasionnés au commerce.—Résultats.

J'ai souvent entendu dire à mon oncle qu'il fallait bien se garder de dépenser la veille tout l'argent qu'on pouvait avoir en sa possession, quelque certitude que l'on ait d'en avoir le lendemain, parce qu'il arrivait presque toujours, par des causes fortuites et indépendantes de la volonté du consommateur, causes que l'on ne pouvait ni prévoir ni empêcher, que ces rentrées étaient ajournées, ou ne rentraient pas du tout; or personne ne sait mieux que moi combien mon oncle avait raison.