—Un Allemand? Un vrai Allemand? En êtes-vous bien sûr?
—Très! C’est le chauffeur du prince Eitel, un des fils de l’empereur Guillaume...
—M...ince! fit-elle avec la vivacité d’expression qu’on lui connaît et qui a fait esclaffer tant de braves gens. Mais alors il va me fiche dans la gueule du loup?
—Pas de danger. Nous avons ici sa femme et ses deux enfants. Nous les gardons comme otages.
La grande vedette s’inclina, tout en maugréant. Ce n’était pas le métier d’une femme, elle n’était pas faite pour ça, elle avait un engagement à Paris. Déjà la mère de Gaby Deslys disait: «On ne peut pas aller prendre le thé chez elle sans s’exposer à ce qu’elle raconte tout.»
Et puis, quel prétexte aurait-elle pour se rendre dans la Suisse allemande? Voulait-on lui faire prendre l’Helvétie pour des lanternes?
—Le prétexte est tout naturel: vous allez savoir où se trouve votre ami prisonnier, votre cavalier dansant, «chevalier» sans peur et sans reproche...
—Bigre! avec le chauffeur du prince Eitel? Ça colle! Allons-y!
On partit en quatrième vitesse avec un faux passeport bien conditionné. A Sens, un territorial, baïonnette au canon, croisa son arme et faillit crever le pneumatique gauche avant.
—On ne passe pas!