Dans les «petites femmes» qui ont joué un rôle dans l’espionnage, il en est qui sont connues de tout Paris, de toute la France et même de toute l’Europe, voire des deux Amériques.
L’une d’elles est une chanteuse de music-hall qui a fait et qui fait encore la joie des Parisiens et des Bruxellois. Nous ne devons pas la nommer bien que M. Malvy, très maladroitement, ait prononcé son nom devant la Haute Cour. Disons, seulement, que les Anglais déclarent que «c’est une miss très distinguet».
Ajoutons qu’elle a de jolies jambes, qu’elle a de l’esprit jusqu’au bout des doigts... de pied, et qu’elle a le don de provoquer le fou rire. Nous n’en dirons pas plus, car il ne faut pas qu’on la reconnaisse!
Un jour la S. C. R. (Service Central des Renseignements) lui dit gentiment:
—Vous pourriez nous rendre service. Voulez-vous accepter une mission?
—Je veux bien, répondit-elle, si je puis être utile à mon pays.
On la pria d’aller faire un tour en Italie. C’était au début de la guerre. Elle fila aussitôt vers le pays du macaroni, et le hasard voulut qu’elle n’eût pas besoin de se déranger pour savoir ce qui se passait. Dans le plus grand hôtel de la ville, les cloisons séparant les chambres étaient très minces. Et malgré elle—bien entendu—elle put surprendre des tractations intéressantes entre des Boches et des Italiens. Oh! il s’agissait de négociations purement commerciales: donnez-nous du riz, nous vous donnerons des pâtes, etc.—juste de quoi alimenter la conversation entre courtiers des deux nations.
Plus tard on lui conseilla d’aller voir si la Suisse était toujours au milieu des montagnes. Elle voulut bien s’y résoudre, et on lui indiqua une excursion intéressante dans la Suisse plus particulièrement allemande.
—Mais je ne sais pas l’allemand! objecta-t-elle.
—Qu’à cela ne tienne: nous vous donnerons une automobile et un chauffeur allemand...