Elle fut impliquée dans plusieurs affaires d’espionnage par les magistrats de Genève, mais elle ne resta pas longtemps en prison, et continua à séjourner sur les bords du Léman.
La princesse traversait fréquemment le lac et aimait résider tantôt à Evian et tantôt à Lausanne où elle recevait de nombreuses visites qui inquiétaient fort notre excellent consul, M. le baron de Fougères.
Quant au commissaire de police d’Evian, un certain A., placé et maintenu à ce poste par le ministre Malvy, il trouvait tout cela naturel, et ne songeait à sévir que contre les Français qui paraissaient trop renseignés.
Mais la vie en Suisse devenant agitée, la princesse décida de revenir à Paris où elle reprit ses fréquentations louches.
AU SERVICE FRANÇAIS
L’aventurière s’était aperçue qu’elle était surveillée.
Pour ne pas être prise—ni surprise—elle fit ce que font tous les espions qui se sentent en danger: elle alla offrir ses services au bureau du contre-espionnage, d’abord avec l’idée d’en tirer protection, ensuite d’en tirer profit.
En effet ses moyens étaient devenus précaires, et les quinze mille francs que coûtait l’hôtel du boulevard Berthier pesaient lourdement déjà sur les épaules de la belle.
C’est vers le mois d’avril 1915 que Wiszniewska proposa au S. R., par l’intermédiaire d’un de ses amis, figurant déjà dans les cadres du service, de lui fournir des renseignements sur les agissements des milieux francophobes espagnols. Elle demandait qu’en échange le S. R. prît à sa charge les 15.000 francs de loyer de son hôtel.
Le représentant du 2ᵉ bureau, chargé de discuter avec elle, lui fit remarquer que ses prétentions étaient exorbitantes. Après d’assez longs conciliabules, on se mit d’accord sur un modus vivendi. Le S. R. lui allouerait une somme de 20 francs par jour et par personne employée, avec un minimum garanti.