Le premier rapport que Anne-Marie-Solange fit parvenir au 2ᵉ bureau, date du début de mai. C’était un document assez filandreux, plein de fautes d’orthographe, et qui, après un minutieux examen, fut reconnu pour être l’échantillon d’une imagination féconde, mais peu précise.
Le second, puis le troisième, ne contenaient pas davantage le moindre renseignement intéressant. On devinait aisément que ces rapports étaient fabriqués de toutes pièces. Le chef du 2ᵉ bureau, mis au courant, avisa la princesse que dorénavant la S. C. R. se passerait de ses services.
Mais l’aventurière ne se découragea point. Grâce aux hautes relations qu’elle se flattait d’avoir dans les milieux politiques, elle entra de nouveau en rapports avec le 2ᵉ bureau, qui lui confia une mission personnelle en Espagne.
La princesse partit dans le courant de novembre pour Madrid, où l’attendait le fameux d’Astek. Trois semaines plus tard elle envoyait à Paris un long rapport qui fit quelque sensation. Les renseignements qu’il contenait étaient, en effet, fort importants, mais étaient-ils exacts?
Une contre-enquête fut immédiatement ordonnée. L’agent chargé de cette mission de confiance recueillit des témoignages accablants contre l’aventurière. Non seulement ses renseignements étaient erronés, mais il semblait indiscutable que le rapport avait été envoyé à Paris sur un mot d’ordre d’agents de l’Allemagne.
L’autorité militaire fut prévenue, et comme la princesse avait été une première fois suspectée d’être à la solde de l’Allemagne, son arrestation fut décidée.
La police militaire du camp retranché ne la perdait pas de vue: un jour elle voulut perquisitionner chez l’aventurière et un commissaire se présenta boulevard Berthier.
Depuis la veille le bel oiseau, évidemment prévenu, s’était envolé avec tous ses bagages. La princesse avait déclaré que l’hôtel, qu’elle louait 15.000 francs, coûtait trop cher, et, en un tour de main, elle avait vendu ses meubles à un brocanteur, fait ses malles et disparu... momentanément.
A cet instant surgit encore un nouveau personnage tout aussi étrange—et étranger—que les autres.
La princesse n’avait pas quitté le quartier de la plaine Monceau. Elle avait accepté l’hospitalité d’un Argentin, nommé Raoul H..., qui habitait un rez-de-chaussée de la rue Demours.