Cet Argentin, portant beau, se donnait les allures d’un vieux diplomate, se prétendait le beau-père du ministre des affaires étrangères d’Argentine. Comme le comte d’Astek il faisait de la chimie, et avait un laboratoire, lui aussi, mais à Barcelone, 5, calle del Pino, et comme d’Astek encore il parlait toutes les langues: l’anglais, l’allemand, l’espagnol, le catalan, le français, l’italien, etc.
C’est dans cette retraite de la rue Demours que le commissaire spécial du C. R. vint un beau matin surprendre la société Wiszniewska, d’Astek, Danilovicz et Cⁱᵉ.
Mais les protecteurs occultes veillaient. C’est en vain que la S. C. R. voulut faire ouvrir une instruction contre la Wiszniewska et ses acolytes.
LE SAUVETAGE DE L’ESPIONNE
Au moment de procéder à l’arrestation à l’hôtel Baltimore le commissaire reçut l’ordre de procéder à... l’expulsion!
La mesure était-elle légale? La Wiszniewska était née française, par conséquent en cette qualité elle ne pouvait être expulsée. Il est vrai qu’elle avait perdu sa nationalité du fait de son mariage avec un Polonais, naturalisé italien. Mais le mari étant décédé, sa femme pouvait être considérée comme redevenue française. Le ministère de l’intérieur ne l’entendit pas ainsi.
Le même jour, le 2 décembre 1916, la princesse fut conduite à la frontière d’Italie et le comte d’Astek escorté jusqu’à celle d’Espagne. Quant à H..., on l’oublia rue Demours.
Il n’y eut aucun doute sur le fait que la mesure d’expulsion—mesure conservatoire au premier chef—fut prise à l’instigation de la Wiszniewska elle-même, pour éviter une mesure plus grave. La veille de son départ la hautaine princesse (née de père et mère inconnus) avait déclaré cyniquement dans un salon de l’hôtel Edouard-VII:
—Il faut que je quitte la France. Je ne suis pas libre de dire mon opinion sur l’Allemagne... Je suis avant tout une femme fréquentant les cours étrangères (sic), approchant les souverains, les ambassadeurs, les personnages les plus considérables du monde diplomatique. Je vais me rendre en Italie, puis en Suisse: là j’aurai plus de liberté et je pourrai exprimer ma pensée à ma guise.
C’est pour lui donner cette liberté de dire du bien de l’Allemagne, et aussi sans doute pour lui rendre plus faciles ses relations avec les Allemands, que le gouvernement français d’alors envoya l’aventurière faire un voyage d’agrément en Italie au lieu de l’obliger à une petite excursion définitive... à Vincennes[J].