LE COMBLE DE L’AUDACE
C’est le service des renseignements anglais qui avait le premier attiré l’attention sur la Wiszniewska. Celle-ci ayant été informée—on ne sait comment—des suspicions dont elle était l’objet de la part des Britanniques, étaient allée carrément trouver le chef du service à Genève:
—On m’accuse à tort, dit-elle. Je viens protester. C’est une autre femme qui prend mon nom. Celle-là est une espionne et voici sa photographie.
Le chef du service la regarda:
—Vous avez tout de même de l’audace!
Et fouillant dans son tiroir:
—Voici la photographie de la véritable espionne. Vous voyez que c’est bien la vôtre!
L’officier anglais ne pouvait rien faire. Il était en territoire suisse. Il se borna à prévenir ses collègues français...
Ajoutons que la princesse Wiszniewska, sur les conseils de son amant Danilovicz, de la banque Raffalovich, ami d’Almereyda, avait fondé l’«Œuvre pacifique des femmes pour la propagation de la paix par l’éducation», ce qui lui permit d’entretenir des relations suivies avec les défaitistes notoires, le député Brizon entre autres, un des kienthaliens.
Pour une internationaliste, voilà une belle internationaliste. Elle ne fréquentait que des Russes, des Polonais, des Argentins, des Italiens ou des Allemands. Ce n’était pas une femme, c’était une société—la société des nations.