Enfin la femme est indiscrète. Ce défaut peut être utilisé pour répandre des nouvelles que l’on a intérêt à propager chez l’ennemi. A certains moments, on a usé largement de ce stratagème.
Les Anglais étaient experts dans cet art du mensonge utile.
On se rappelle le bruit qui courait à Paris au début de la guerre: plusieurs corps d’armées russes allaient venir donner la main aux armées françaises; ils étaient en route vers les côtes d’Angleterre. A Paris on a cru pendant deux mois à l’arrivée des Cosaques «en avalanche»! Les gens affirmaient les avoir vus au Havre!... On les attendit longtemps.
La rumeur avait été lancée par l’Amirauté qui voulait ainsi attirer la flotte allemande dans la mer du Nord, où elle refusait résolument de s’engager. Et de fait, de nombreux bâtiments boches vinrent voir ce qu’il en était: ils furent aussitôt torpillés.
Chez nos voisins le service secret de l’Amirauté et celui du War-Office (la guerre) ne se communiquaient pas toujours leurs projets. Un jour l’Amirauté fit répandre le bruit, absolument faux bien entendu, que la flotte anglaise songeait à fondre sur la côte allemande et à y débarquer deux divisions. Les Allemands se mirent aussitôt à concentrer des troupes sur les points vulnérables: c’était ce que voulait l’Amirauté: dérouter les Allemands. Mais le War Office n’était pas prévenu et, apprenant que les Allemands se concentraient sur les côtes, donna l’alarme et rassembla en toute hâte les troupes anglaises sur les côtes situées en face, de façon à prévenir une invasion!...
La mise en circulation systématique de fausses rumeurs dans l’espoir qu’elles arriveraient aux oreilles de l’ennemi fut un moyen souvent employé pendant la grande guerre.
RÉCAPITULATION
Avec Mata-Hari, la Francillard, la Tichelly et la femme Aubert (Loffroy), on compte quatre espionnes fusillées dans le camp retranché.
En province, il n’y eut, à notre connaissance, que deux exécutions de femmes: Margarete Schmidt, originaire de Thiaucourt, passée par les armées à Nancy, en mars 1915, et Ottilie Moss, exécutée à Bourges en mai de la même année.
Il y eut bien aussi Catherine Wheber, l’espionne de Gizaucourt, condamnée à mort par le conseil de guerre de Châlons, mais sa peine fut commuée en 20 ans de travaux forcés.